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Quand voyage rime avec partage

Voyage au Maroc – 2011
Compte rendu, Voyage

Voyage au Maroc – 2011

Eh oui, Cécile, devant passer son bac à la fin de l’année, elle n’a pas voulu cette fois-ci encore que nous partions trop loin…
Vu ses excellents résultats scolaires, nous ne pouvions guère refuser ce petit « caprice » sécuritaire à Cécile !

Comme l’an passé Cécile nous rejoindra par avion (à Marrakech avec Quentin son copain).

Comme toujours, Orion part chargé à bloc de livres scolaires, cahiers, stylos, crayons, vêtements, cartables, chaises roulantes, etc.

Petite nouveauté cette année, nous partons pour 2 associations.

Nous transportons des cartons pour une petite association de Saint Jean de Verges près de Foix : « Enfants des Oasis » (découverte par une copine qui nous l’a signalée) œuvre à Alnif petit village du sud du Maroc entre le Haut Atlas et l’Anti-Atlas.
Nous acheminons également plein de choses pour « La Main sur le Cœur » pour qui nous avions été à Tambacounda (Sénégal) il y a quelques années.

Nous embarquons sur le Biladi le mercredi 13 mai.

Il y a beaucoup de véhicules (Biladi plein ?), mais aucun « raid » de 4X4 comme les autres années. Peut-être les effets du « printemps arabe » cher à nos médias se font-ils sentir là aussi.
Nous espérons que non, car ce serait une catastrophe économique semblable à celle vécue en Tunisie actuellement.

La traversée se fait sans encombre. La Comarit qui exploite le Biladi est passée sous contrôle de la SNCM et malheureusement cela se ressent énormément au niveau des services qui ont fortement baissés : lenteur épouvantable du restaurant, par manque de personnel, manque d’attention aux passagers, manque de service à l’accueil et plus aucune prise de courant dans les chambres : il faut faire des branchements sauvages sur les rares prises disséminées et arrachées dans les bars et salons !

À notre table au restaurant du bateau nous rencontrons 2 couples de Français et un couple de Suisses fort sympathiques tous les trois et peut-être nous reverrons nous au Maroc.

Nouveauté également, l’arrivée se fait au nouveau port de Tanger situé à environ 50 kilomètres à l’est de Tanger.
Nous débarquons dans les premiers du Biladi et après une bonne heure d’attente (pour une raison non définie), nous passons la douane sans encombre avant d’aller faire nos courses comme d’habitude au marché de Larache.

Le soir, il a bien fallu près de 3 heures pour dégager le lit de Cécile ainsi que notre douche, hisser le tout sur le toit, fixer correctement et bâcher… Il faut dire que les tas sont assez impressionnants et que Pierre fait très attention, car en plus (nous sommes encore très près du détroit de Gibraltar) l’humidité arrive très vite et le toit devient glissant !

 

À Kénitra, nous faisons étape dans une forêt de chênes-lièges où un paysan qui rentre chez lui nous souhaite la bienvenue dans la forêt avant de nous proposer de venir dormir chez lui, offre que nous ne pouvons bien sûr pas accepter.
Dimanche 17, nous continuons notre circuit vers le sud (nous devons être à Marrakech le 25 pour récupérer Cécile et Quentin) tout doucement en visitant un très beau musée d’art et tradition marocains et un superbe jardin botanique près de Rabat.

Cette année, nous pouvons en profiter pour flâner et rouler doucement puisque nous avons peu de kilomètres à faire avant de décharger Orion, ce que nous ferons avec Cécile et Quentin dans 10 jours environ. N’oublions pas que notre devise est « quand voyage rime avec partage » et non l’inverse ! Nous en profitons pour repérer des points de chute sympathiques pour passer la nuit pour d’autres voyages.

Le Maroc est toujours aussi beau et les Marocains toujours aussi accueillants. Partout, nous sommes « les biens venus » avec un grand sourire.
Dommage que les touristes ne soient guère au rendez-vous cette année. L’ambiance est pourtant totalement différente de celle ressentie l’an passé en Tunisie où les gens parlaient à mots couverts, en se méfiant et où nous avions noté un gros recul par rapport à notre précédent voyage avec entre autres interdiction aux étrangers de pénétrer dans un local d’association !
Ici, les gens aiment visiblement le roi et le respectent. Ses portraits sont certes présents à droite et à gauche, mais ils sont infiniment moins nombreux que ceux de Ben Ali en Tunisie et en aucun cas obligatoires dans le moindre magasin ou échoppe mobile du marché comme c’était le cas en Tunisie.

Après un petit repérage à Salé puis à Azemmour et El Jadida un peu plus au sud pour l’artisanat que nous ramènerons aux associations, nous faisons étape dans une superbe forêt près de Oualidia, à l’abri du vent de la côte.

Certes, à Salé, nous avons été accostés par une femme en niqab qui essayait de nous convaincre qu’elle connaissait la vérité, mais elle n’a pas insisté et nous avons continué notre chemin…

Ce matin encore, un peu avant de lever le camp, un berger qui passe nous offre la moitié de son pain… Bien qu’il ne parle pas le français, nous échangeons quelques mots basiques en arabe et nous lui offrons orange et bananes, puis il repart en nous souhaitant plein de bonheur « grâce à Dieu ».

À Oualidia comme d’habitude, il suffit de descendre au bord de la lagune pour que des vendeurs en mobylettes se précipitent pour proposer du poisson, des coquillages et des oursins… Après négociation, nous repartons avec 2 douzaines d’oursins, mais l’endroit est devenu vraiment beaucoup trop à la mode et les prix du poisson sont anormalement excessifs.
Bien qu’il n’y ait quasiment pas de touristes, le week-end, la société chique de Casablanca se précipite ici, même si le vent est hyperfréquent et l’eau très froide y compris dans la lagune.
Le lendemain, la journée commence par une crevaison, et le temps est maussade avec une succession de petits grains à la martiniquaise : 1 minute de pluie puis 1 heure de soleil. Nous restons sur Safi et ses environs.
La pluie nous poursuit jusqu’à Marrakech et devient de plus en plus continue.
Arrivés vendredi soir, en pleine nuit nous sentons le camion bouger légèrement et entendons des bruits étranges.
Pierre décide donc de voir (avec la grosse lampe que nous avons toujours à portée de main) ce qui se passe et ouvre la porte pensant faire détaler les importuns…
Que nenni, ils sont 2 et l’attendent la porte à peine ouverte avec des cailloux dont un atterri contre l’arcade sourcilière qui se met aussitôt à saigner abondamment. Pierre referme rapidement la porte et Isabelle déclenche immédiatement le klaxon depuis un bouton « panique » spécialement prévu dans la cellule pendant que Pierre « aide » un des agresseurs à ouvrir la porte et l’asperge avec une bombe anti-agression qui est toujours à portée de main. Il faut dire que nos pieds sont à la hauteur de leur visage et que nous avons une certaine hauteur par rapport à eux…
Le résultat ne se fait pas attendre et ils détalent comme des lapins ! Nous terminerons la nuit au bord de la route à quelques centaines de mètres de là après une bonne douche et une bonne… trouille !
Après réflexion, nous avons fait une grosse erreur en nous installant à cet endroit pour notre nuit. En effet, nous voulions être très près de Marrakech vu l’heure très tardive d’arrivée des jeunes à Marrakech, et nous avions dû nettoyer les lieux en retirant une quantité incroyable de bouteilles vides. Marrakech est une mégalopole où non seulement l’argent coule à flots, mais en plus avec un luxe ostentatoire et où il est de bon ton de faire croire que quand il pleut en occident, se sont des billets qui tombent du ciel… Ce miroir aux alouettes attire toute la racaille désœuvrée à la recherche de mauvais coup.

  

Nous décidons de visiter les environs de Marrakech avant la venue des jeunes.

La vallée de l’Ourika est superbe, dommage que le soleil ne soit pas au rendez-vous !

Dimanche matin, la pluie cesse enfin de tomber et au lever, toutes les montagnes sont couronnées de blanc, mais rapidement l’humidité forme des nuages et il faudra attendre lundi pour que le beau temps revienne vraiment. Nous profitons de ces 2 derniers jours en célibataires pour visiter les vallées verdoyantes qui dominent Marrakech la succession de terres ocres et rouges alternants avec un plateau d’altitude est impressionnante.

Hélas, à la fin d’une très forte descente en lacets un pneu arrière éclate, mais Orion ne bouge pas et reste bien dans sa trajectoire. 
Tout de suite, des Marocains de passage se proposent pour donner un coup de main et ne veulent rien en retour, pas même une boisson… La roue est changée en une demi-heure environ, tout remis en place, Orion prêt à repartir…
Lundi matin, toute trace de neige a disparu !

Nous avons opté, vu l’heure d’arrivée de Cécile et Quentin, et vu notre agression, d’aller exceptionnellement au camping afin de monter la tente de Quentin et de réserver une place pour Orion.
Les jeunes doivent arriver à 1 heure 10 du matin. L’avion ayant du retard, les bagages mettant un temps fou pour être déchargés, le temps de passer la douane et la police, nous arrivons au camping à plus de 3 heures du matin !
Comble du bonheur, au moment d’embarquer les bagages à Toulouse un gros orage a éclaté, et si les bagagistes se sont bien vite mis à l’abri, ils ont « gentiment » laissé sous la pluie tous les bagages avant de les embarquer. Résultat, nous devons tout sortir à 3 heures du matin (presque tout le linge est à tordre) et tout mettre à sécher !
Heureusement, nous avons choisi un coin tranquille pour que la jeunesse puisse se reposer mardi matin et nous avons prévenu les voisins de l’arrivée « matinale » d’Orion.
Mardi après-midi, nous visitons quelques monuments de la médina de Marrakech. Nous refusons le guide initialement prévu, car quand il apprend que nous ne voulons pas d’arrêt dans les souks, le prix officiel est soudain multiplié par 2 !
La place Jemma el fna a beaucoup changé depuis notre dernière visite… Il est vrai que c’était il y a presque 35 ans ! L’ambiance en particulier est fort différente !

Mercredi matin, nous partons pour Ouarzazate en traversant le Haut Atlas via le col le plus haut du Maroc à 2280 m.
Nous quittons Marrakech peu après midi pour prendre une des plus belles routes du Maroc.
Le col est très haut, mais doucement Orion et sa lourde charge gravit la pente pour redescendre sur Ouarzazate. Les paysages sont fabuleux et nous dormons au bord d’un lac, retenue d’eau sur le Drâa. Ce fleuve dont nous irons visiter la vallée dans quelques jours a la particularité de disparaître dans le sable du Sahara pas très loin d’ici, puis de refaire surface au moment de se jeter dans l’Océan 7 ou 800 kilomètres plus loin.
Jeudi, nous allons voir à Boulmane Dades « Jean Michel et Fanfan » qui nous ont été signalés par nos « voisins de table » avec qui nous avons sympathisé sur le Biladi entre Sète et Tanger.
Éducateur et directeur d’école Jean Michel a sillonné l’Afrique pendant de nombreuses années avec un camion et des jeunes « en difficulté » (et surtout en rupture de banc). Ils n’hésitaient pas à leur apprendre directement des métiers auprès d’artisans africains et revenaient leur faire passer leurs diplômes avec succès en France. Actuellement à la retraite depuis très peu de temps, Jean Michel et Fanfan sont en train de réhabiliter une ancienne Casbah en ruine dans laquelle ils refont tout en terre suivant les méthodes ancestrales. Avec quelques superbes chambres, une ambiance exceptionnelle et authentique une cuisine traditionnelle les hôtes de passage ont ici un accueil hors du commun avec un personnage haut en couleur. Une adresse à retenir : « la perle du Dadès » à Boulmane Dadès à 150 kilomètres à l’est de Ouarzazate mérite le détour.
En fin d’après-midi, nous arrivons chez M’Bark qui nous attend avec impatience depuis un bon moment…

En effet, c’est chez lui qu’Orion doit effectuer sa première « livraison ».
Sitôt arrivé nous commençons à descendre les cartons qui étaient sur le toit, car avec toute la pluie que nous avons eue, ils ont pris l’eau par dessous et une partie de vêtements qu’ils contiennent sont mouillés et il est urgent de tout étendre…

Nous avons également plein de choses destinées à une école nomade et l’instituteur vient nous rejoindre dans la soirée.
En bon berbère, M’Bark nous accueille les bras grands ouverts et me fait les gros yeux quand je demande une petite place pour nous installer avec Orion et la tente de Quentin. En effet, plusieurs chambres et tentes berbères nous ont été préparées et il ne nous reste qu’à choisir celles que nous préférons pour la nuit. Évidemment, le repas berbère nous attend aussi.
Personnage très sympathique, M’Bark est revenu à ses racines après avoir « bourlingué » en France où il est arrivé tout petit et où il a fait ses études puis une école hôtelière.
Ici, il vit « HEUREUX » dans une petite ferme où il pratique une agriculture raisonnée avec un arrosage au goutte-à-goutte et a une véritable passion pour les animaux : les paons qui divaguent dans sa propriété côtoient des dromadaires, des ânes, etc. et bientôt des autruches rien que pour le plaisir…
Son rêve : réhabiliter les lieux petit à petit et peut-être ouvrir quelques chambres pour des hôtes de passage.
Après une soirée d’échanges très riches et authentiques, rendez-vous est pris pour trier les dons pour l’école et y acheminer le tout.
De bon matin, tout est descendu et Yousseph l’instituteur est ébahi par tout ce que nous lui proposons. De suite, il trie tout et commence à déclarer qu’il y en a beaucoup et qu’avec tout cela il va pouvoir alimenter de nombreuses écoles. En effet, les nombreux livres scolaires et de bibliothèque feront le bonheur de bien des instituteurs.

Rapidement, nous rechargeons tout ce qui est à amener en montagne à l’école nomade, Cécile et Quentin montent en cellule et l’instituteur monte avec nous direction Boulmane Dadès, puis une piste.
Jo (l’instituteur Youssef) s’arrête pour distribuer divers crayons, cahiers, etc. à son ancienne école sur la route qui rapidement devient chaotique et grimpe (très fort) à 2000 mètres avec des épingles à cheveux où Orion est obligé de manœuvrer en faisant des marches arrière dans l’épingle pour passer !
Enfin arrive l’école de nomade perdue dans la montagne.
Une grande tente pour la classe et une plus petite qui sert à la fois de logement de fonction et de cuisine pour les enfants !
En effet non seulement l’instituteur fait la classe à 15 élèves, mais aussi il est chargé de faire la cuisine (sur un vague réchaud à gaz) pour assurer au moins un repas équilibré à ces enfants. L’hiver, il installe une petite tente dans celle-ci plus grande, car bien sûr il n’y a pas de chauffage et il arrive qu’il neige !
Ici, il faut vraiment avoir la foi pour tenir et Jo est absolument extraordinaire.
Rapidement, il sert un lait chaud pour les élèves et les mets au travail le temps de préparer un tajine pour eux et un autre dans un plat en terre pour nous. Le repas est pris dans la salle de classe après que tous les enfants aient nettoyé les tables puis se soient lavé les mains le tout dans un ordre et une discipline impressionnante.
Jo est ici depuis 3 mois avec des enfants de 4 à 12 ans qui n’étaient jamais allés à l’école et maintenant (sauf les plus petits) ils savent écrire la date en arabe et Jo commencera le français à la prochaine rentrée. Chez les nomades, la scolarité, bien qu’elle soit obligatoire, n’est pas encore entrée dans les mœurs et personne ne sait lire…
Ici au milieu de ces gamins nous ressentons vraiment à quel point notre tentative de partage n’est qu’une toute petite goutte d’eau. Nous sommes à tellement d’années-lumière de ces nomades que le chemin semble infini.

Vers 16 heures, nous décidons de rebrousser chemin et d’abandonner Jo à son école et à ces gamins.
La piste est tellement étroite et mauvaise qu’il faut prévoir large.
À la descente, les marches arrière forcées dans les épingles obligent même à passer en 4 roues motrices, car Orion patine un peu sur la caillasse défoncée par les dernières pluies.
Le retour au goudron est salué par Isabelle, Cécile et Quentin tous un peu inquiets dans la descente vertigineuse du col…
Arrivé suffisamment tôt à Tinherir nous « poussons » jusqu’aux gorges du Todrah, très impressionnantes et valant vraiment le détour.

 

Une journée très riche en rencontres s’achève, avec son cortège d’émotions et ses échanges tellement enrichissants pour nous. Un grand merci à M’Bark à Jo et à tous ces gamins, ainsi qu’à ces inconnus qui les font avancer. Voilà une bien belle leçon de vie encore et notre cœur se remplit au fur et à mesure de toutes ces belles choses.

Le lendemain de cette « journée émotion » dans la montagne, nous prenons une matinée de repos chez M’Bark qui continue à nous recevoir très naturellement, mais comme des princes, tout en attentions multiples et touchantes. Certes, il a beau nous assurer que c’est cela l’accueil à la berbère, il le pousse au summum et nous sommes comme des coqs en pâte…
En début d’après-midi, nous avions convenu de visiter sa bergerie à l’autre bout de sa propriété, et nous traversons donc ses champs, d’orge, de blé dont la moisson (à la main) est presque finie, de fèves, de melons, de pastèques, etc. en suivant une Grande Allée bordée de palmiers.
Sa bergerie est constituée de plusieurs grands bâtiments formats à eux seuls un micro village berbère.
La bergerie proprement dite compte plusieurs salles pour les brebis, pour les naissances, pour les animaux affaiblis, une salle de traite, une salle pour les vaches, une autre pour faire grandir les taurillons, des hangars pour le matériel, etc. À côté, il y a un logement-dortoir pour les saisonniers hommes, un pour les femmes, avec cuisines, etc. où les employés organisent leur vie comme ils l’entendent. Il y a aussi des logements pour le régisseur qui s’occupe des brebis, sa femme ses enfants, un four traditionnel berbère et chacun mène sa vie comme il l’entend !
L’ambition de M’Bark serait d’ouvrir là aussi un complexe touristique axé exclusivement sur les produits de la ferme.
Pour l’instant, il se contente de sélectionner ses brebis en essayant de remettre sur pied une race locale mieux adaptée et bonne laitière.
Les meilleures choses ayant une fin, il est grand temps de quitter M’Bark surtout que nous devons être le soir même à Alnif pour livrer le reste des colis d’Orion et que nos contacts insistent pour que nous mangions chez eux !
La route est courte heureusement (45 kilomètres à peine), et Youssef nous amène 15 kilomètres plus loin dans un hôtel de sa famille où nous serons logés et nourris en fait pendant 2 jours (l’accueil berbère !).

Un grand merci à l’hôtel des météorites 15 kilomètres avant Alnif en venant d’Ouarzazate.
Le dimanche 1 mai, nous déchargeons donc tout le reste des colis d’Orion et tout le monde est très étonné de tout ce qui sort, et encore ils n’ont pas vu tout ce que j’ai laissé chez M’Bark, c’est à dire encore plus !
Il nous tarde de retrouver à Alnif Mohand, le président de l’association Bougafer pour laquelle les « Enfants des Oasis » près de Foix nous ont demandé d’acheminer ses colis auxquels nous avons rajouté plein de fournitures, des fauteuils roulants, des cartables des vêtements, etc.…
Mohand est un personnage passionnant, plein de bon sens, géologue de formation, passionné et vendeur de fossiles.
Après une matinée de discussions, nous l’entrainons au restaurant puis il nous quitte pour aller chercher chez son fournisseur à 70 kilomètres de là tout l’artisanat que nous avons décidé de lui commander pour le ramener pour les associations françaises.
Heureusement que nous avons accepté la proposition de garder une deuxième nuit notre chambre à l’hôtel des météorites, car le temps est à l’orage et c’est un véritable déluge avec un vent de tempête qui s’abat à plusieurs reprises sur la région l’après-midi et le soir…
Le lundi, le soleil est de retour et nous achetons à Mohand la quasi-totalité de ce qu’il est allé chercher la veille chez son fournisseur.
Il faut dire qu’il nous fait des prix imbattables et que cet artisanat de pierres fossilisées et polies est très local et unique en son genre.

Après une matinée entière à empaqueter et caler dans Orions ces trésors, nous quittons avec regret Mohand et ses multiples propositions de couscous pour gagner Zagora dans la superbe vallée du Drâa où nous faisons étape dans une palmeraie. Dans les environs de Zagora, nous visitons un joli petit musée d’art et traditions de la vallée du Drâa. Ici, beaucoup de personnes ont la peau presque noire. Certes, il y a les effets du soleil qui est très fort, mais il y a aussi beaucoup de restes de gênes dues à l’esclavage, car la prospère vallée du Drâa allait chercher une main-d’œuvre facile et bon marché directement en Afrique noire toute proche et moins développée.

Le soir, une autre palmeraie de rêve accueille Orion et la tente de Quentin.

Le lendemain, nous reprenons la route en direction d’Ouarzazate et passons par un col sur route avec des paysages sublimes.
Puis nous flânons à faire quelques emplettes dans Ouarzazate.

L’heure du retour a sonné et il faut ramener Cécile et Quentin à l’avion tôt vendredi matin à Marrakech.
Jeudi 5 mai, nous retraversons donc le Haut Atlas pour rejoindre Marrakech et son camping pour amener les jeunes à l’avion qui décolle très tôt le 6 au matin.

En fin de matinée, le 6, nous avons rendez-vous avec Rawa, (sœur de la belle-fille d’un membre de la « main sur le cœur »).
En effet, nous devons ramener quelques artisanats achetés par sa sœur à prix « marocain » pour l’association.
Bien sûr, nous en profitons pour l’inviter avec sa copine étudiante comme elle à partager quelques brochettes afin de mieux faire connaissance.
Puis nous quittons sans regret cette mégalopole trop touristique.
Nous avons décidé de retourner vers la côte pour d’une part reprendre notre cure de bon poisson et d’autre part faire quelques achats d’artisanat que nous avons repéré à Azemmour à côté d’El Jadida.

Depuis l’attentat de Marrakech au restaurant Argana où nous étions allés prendre un thé 60 heures avant en attendant l’arrivée des jeunes, les contrôles routiers sont fréquents. Ils sont plus pour la forme qu’autre chose, car ils laissent passer tous les véhicules sans aucune vérification ! De nombreux panneaux sont apparus en arabe pour demander aux extrémistes de laisser le Maroc en dehors de toutes ces violences.
L’ambiance est très calme et rares sont les Marocains qui comprennent ce qui s’est passé. Le pays est sous le choc et refuse totalement cette vague dite du « printemps arabe ». Ici, il y a quelques manifestations (nous en avons vu), mais très pacifiques, très ciblées (des femmes, des taxis, des personnels de santé, etc.) en petits groupes de quelques dizaines à peine… Quand nous avons quitté Marrakech une grande manifestation était prévue place Jemma el Fna avec de nombreux artistes pour dire stop à toute violence et les étudiants en ont prévu un lundi prochain pour protester contre les grèves à répétition de leurs professeurs qui risque de leur coûter leur année scolaire. On sent une démocratie qui, si elle n’est pas aussi avancée que celles que nous connaissons en Europe, est bien supérieure à celles rencontrées au Maghreb ou au Moyen-Orient.
De plus partout le roi est largement plébiscité. Il a demandé une révision de la constitution et un référendum est prévu en juin.
Dimanche 8 mai, après avoir flâné à nouveau dans les souks d’El Jadida, nous nous dirigeons vers le Moyen Atlas par des petites routes en traversant le « grenier » à grain du Maroc.

  

Nous continuons notre découverte touristique du Maroc à travers des petites routes montagneuses qui nous font passer dans de superbes montagnes.
Ici, c’est le « Maroc profond » et partout les villageois nous font de grands signes de bienvenue.
Seul petit bémol, dès que nous arrivons à un endroit un peu touristique (par exemple lac de montagne réputé pour l’été ou source de taille et de débit impressionnants — une résurgence en fait —) les enfants réclament immédiatement des stylos, des bonbons ou des dirhams en devenant parfois agressifs (insultes et coups dans le camion) si on n’obtempère pas !
Il est grand temps que le touriste lambda arrête de se donner bonne conscience en distribuant à tort et à travers quelques miettes à des enfants que bien des parents préfèrent envoyer quémander une misère plutôt que de l’envoyer à l’école. Ce n’est pas rendre service au Maroc et aux Marocains que de laisser croire que chez nous quand il pleut, les billets tombent du ciel et que chacun est un roi mage arrivant avec son cortège de cadeaux.
Quand certains font du troc en échangeant une chemise contre un collier berbère par exemple, ce n’est pas amener des vêtements aux plus démunis comme beaucoup le prétendent, c’est faire du commerce pur et simple et il n’y a aucune raison de se sentir la conscience meilleure !

Dans ces superbes montagnes, il fait bon vivre et nous flânons doucement en direction d’Azrou avec des campements en altitude où nous apprécions fort l’isolation d’Orion, car la fraicheur est de rigueur à près de 1900 mètres la nuit !

Après Azrou, nous traversons des forêts de cèdre de l’Atlas et décidons d’y faire une grosse « halte pique-nique » avant de reprendre doucement la route vers Ifrane toujours par de petites routes de montagne. Station de sport d’hiver très cotée et très en vue, Ifrane est aussi réputée pour sa fraicheur estivale et le roi y a son palais d’été.
Ici, l’architecture rappelle plus la Suisse que le Maroc ! La plupart des gens sont habillés « à l’européenne » et la misère ne court pas franchement les rues… Mais très vite, nous replongeons dans le vrai Maroc à peine ressorti d’Ifrane.
Nous avons décidé de nous diriger vers Sefrou, petite ville typique à peine distante de 30 kilomètres de Fès. Beaucoup trop proche de Fès très grande ville touristique en vogue, Séfrou est totalement délaissée par le tourisme de masse. Il faut avouer qu’il n’y a pas de grands monuments comme ceux de Fès. Mais ici, la médina est totalement typique et il fait très bon se perdre dans son dédale de ruelles en passant dans des sortes de couloirs qu’on ne peut découvrir qu’en arrivant dedans…

Partout, les gens sont prompts à vous indiquer votre chemin et il fait très bon déambuler dans les quartiers des fileurs, des orfèvres, des commerces divers et variés, etc. ou tout simplement y prendre un thé à la menthe !
Séfrou, appréciée par le guide du routard, mérite vraiment le détour pour ceux qui cherchent à découvrir le vrai Maroc et non le miroir aux alouettes que le tourisme de masse présente généralement : des habitants très accueillants sans arrière-pensée, une médina traditionnelle, une ambiance à respirer délicatement (même si les odeurs peuvent parfois en dérouter certains…).

Nous empruntons des petites routes pour « zapper » la trop touristique Fès et rejoindre Meknès où nous commençons par visiter les haras : bien qu’elle soit très restreinte suite à un accident avec des touristes, la visite est fort intéressante avec les poulinières et les chevaux de compétition de l’armée.
Le soir, nous nous éloignons un peu de la ville, mais 3 jeunes ados à qui nous refusons de donner de l’argent comme ils nous le demandent finissent par quitter les lieux en se moquant allègrement de nous (nous devons être trop près de Meknès et de son tourisme de masse !).
En revanche, le propriétaire du champ où nous sommes installés revient après le repas pour discuter et parler français.
Il avoue ne jamais être allé à l’école, a passé 44 ans en France, dont 18, comme routier et nous apprend quelques correspondances entre les lettres arabes et les lettres françaises (du moins celles qu’il connait).

  Nous passons une bonne soirée pleine d’échanges et le lendemain il envoie un de ses gamins nous amener un litre de lait frais avant de venir prendre un café au camion !
Nous retournons visiter Menknès qui, de l’avis général, bien qu’assez touristique n’est pas aussi « polluée » que Fès. Nous arrivons à visiter des musées, le mausolée de Moulay Ismaïl (le seul dans lequel les non-musulmans peuvent pénétrer) ainsi que les souks de la médina sans être harcelés en permanence. Cette année, il y a tellement peu de touristes (nous ne rencontrons qu’un seul, car « déversé » au mausolée), que les étrangers se disent bonjour à la manière des randonneurs dans la campagne… C’est une vraie catastrophe économique pour le Maroc et nous espérons vivement que l’été sera plus propice.

De Meknès, nous retournons sur la côte, car nous avons déjà pris la route intérieure qui rejoint Tanger et elle n’offre aucun intérêt touristique…
Nous allons donc à Salé, séparée de Rabat simplement par l’estuaire, pour flâner dans la médina où c’est un réel plaisir de déambuler sans être accosté en permanence par des vendeurs de souvenirs qui cherchent tous à faire entrer les touristes chez eux…

  

Nous commençons à y avoir nos habitudes et connaissons quelques petits commerces qui font la joie d’Isabelle !
Nous retournons aussi visiter la médersa (école coranique) de Salé, véritable petit bijou superbement restauré il y a quelques années. C’est une des plus belles du Maroc, non par sa taille, mais par ses décorations et ses chambres (on devrait plutôt dire cellules) pour les étudiants. Il paraît que maintenant encore elles servent de temps à autre à des étudiants éloignés !
Après Salé, nous remontons en direction de Kénitra puis de Larache

Notre périple tire à sa fin et nous effectuons nos derniers achats à Larache avant de prendre le Biladi de Tanger à Sète.

Comme à chaque fois ce voyage n’a pu être possible qu’avec le concours de nombreuses personnes qui nous ont aidés chacune à sa façon.

Nous revenons comme à chaque voyage beaucoup plus riche en aventures humaines.
Que de contacts extraordinaires, que de rencontres multiples et variées !

Que de beaux souvenirs…

Une fois encore nous repartons la tête pleine de superbes images et nous rêvons déjà d’une autre destination pour 2012 « incha-allha ». Nous « travaillons » depuis 3 ans déjà sur une destination différente et si les études de Cécile nous le permettent ce sera pour l’an prochain…

Written by Pierre Coiffait - 8 mars 2018 - 356 Views

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