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Quand voyage rime avec partage

Voyage en Tunisie – 2007
Compte rendu, Voyage

Voyage en Tunisie – 2007

La Tunisie est un pays largement évolué où il y a une sécurité sociale et une aide officielle bien développée. Certains peuvent donc penser qu’il n’est pas très utile d’aller donner un coup de main aux associations c’est vrai… Mais nous avons ciblé une catégorie bien précise, pour laquelle il y a encore beaucoup à faire :
les enfants handicapés et abandonnés, et auprès d’eux, nous ne nous sommes pas sentis inutiles, loin de là.

En tout premier, nous nous sommes tournés vers l’INPE, sorte de DASS qui a ouvert un centre près de Tunis dans lequel sont accueillis les enfants de la Tunisie entière et qui fait son possible avec ses moyens…
Nous avons également contacté « les amis de l’INPE », association qui s’occupe plus particulièrement du côté prise en charge psychologique de ces enfants souvent perdus au milieu des autres ainsi que de leurs mamans.
Enfin beaucoup plus au sud, prés de la Libye, à Tataouine, l’APAHT fait un travail remarquable pour rechercher les petits handicapés et les amener dans leurs centres spécialisés pour les aider à évoluer.
Mais comme d’habitude, tout a commencé bien avant… En premier nous avons collecté ce qui nous avait été demandé par les associations tunisiennes.
Pour cela, en plus de nos amis, nous avons mis à contribution d’autres enfants, ceux de notre école de village.
La collecte du Fauga fut au-delà de toute espérance : les vêtements, cartables chaussures, jouet ont afflué en très grande quantité.
Un grand BRAVO et un grand MERCI à toute l’équipe d’enseignants en particulier à la directrice madame Cassé qui nous soutient activement.
Nous avons également pu récolter pas mal de dons auprès des enfants du catéchisme de Muret, ils sont également grandement remerciés.

Mais le vrai MERCI, ce sont les enfants eux-mêmes qui nous l’ont dit quelques jours après avec des mots, avec des sourires, avec leur cœur.

Il y a 3 mètres cubes de vêtements, jouets, etc. et nous avons fait appel à toute la famille et même à des amies pour trier en fonction des tailles et s’assurer que tout est bien compatible avec les us et coutumes tunisiens. (Nous évitons d’amener des minijupes ou des tee-shirts à la gloire du cochon, ou déchirés, ou plein de taches de peinture par exemple.) Mais notre «récolte » est remarquablement bonne est nous sommes particulièrement satisfaits.
Après avoir tout amené au pied du camion on se demande encore comment tout faire rentrer, mais avec de la patience est quelque «persuasion » tout fini par s’arranger, même si comme d’habitude tout est plein comme un œuf y compris sous la table et dans la salle d’eau…
Bref ça y est tout est rentré… en attendant les derniers colis prévus demain mardi !!!!
Avant de partir, nous avons aussi décidé de décorer un peu ORION et pour cela, nous avons fait appel à un des nombreux talents de notre copain Bernard pour dessiner, et surtout peindre, le Petit Prince sur le devant et sur un côté du camion.
Mais un Petit Prince comme nous l’avons vu en Mauritanie, exactement là où Saint Exupéry la rencontré.
Il est …très, très bronzé… et pourtant blond comme les blés ou comme le sable des dunes.

  

Mais c’est comme cela que nous l’aimons…

Voici enfin le départ le mercredi 25 octobre…
Après avoir tout bouclé à la maison, nous allons chercher Cécile directement au collège où quelques copains sont là, ainsi que radio Muret pour nous souhaiter un bon voyage. Un grand merci à eux, cela nous fait très plaisir et nous espérons qu’ils nous laisseront encore plus de messages qu’en mai dernier puisque nous pouvons les consulter dans les cybercafés…
Peu après Narbonne, première galère : nous crevons sur l’autoroute…Heureusement Orion peut atteindre un îlot de sécurité et au bout d’une heure et demie (ennuis avec le cric qui ne monte pas assez haut, puis avec un écrou de roue que R.V.I. de Toulouse nous a « foiré ») nous voilà repartis.
Nous passons la nuit chez le frère de Pierre à Marseille.
Le lendemain, pas de problème pour aller au port puis faire les formalités de police et de douane, distribution des cartes d’embarquement, mais au lieu d’embarquer, le camion étant «hors gabarit » on nous fait passer par un chemin détourné et nous nous retrouvons…. en dehors du port!!!!
Eh oui, on a oublié d’enlever la paille de nos sabots !!!
Donc nous devons refaire tout le circuit pour arriver à la douane qui maintenant fait la pause repas de midi à … 13 heures 30 !!!
Et pourtant, Marseille est en France et c’est un très grand port !!!
Enfin arrivé au bateau, Orion étant toujours hors gabarit, il n’embarquera qu’à la fin…
Quelques 7 à 800 voitures embarquent, essentiellement des gros 4X4 pétaradants et puants (véhicules ? propriétaires ?…) qui vont «faire la Tunisie » en raids bien organisés certes, mais qui ne verront pas grand-chose de vrai et qui au contraire vont faire miroiter leur fric en massacrant les régions qu’ils traverseront.
Il y a même un camion frigorifique qui amène la nourriture (faut surtout pas risquer d’attraper la «tourista » en mangeant n’importe quoi) avec une remorque et une vingtaine de quads dessus.
Il y a aussi une série de voitures anciennes genre Bugatti, Torpédo et autres petites merveilles qui vont voir du pays…

Bref avec une heure de retard le «CARTHAGE » appareille en direction de Tunis et nous sommes bien à bord.

La traversée se passe sans aucun problème : le bateau est bien stable malgré le vent et une mer un peu agitée au départ de Marseille.

Nous arrivons à Tunis avec une bonne heure de retard, et nous sortons dans les derniers, car il faut attendre que le s voitures soient sorties pour relever les ponts de la cale pour que Orion et ses collègues puissent passer…
Nous passons la douane sans encombre et nous nous perdons un peu dans la banlieue de Tunis pour aller livrer une partie de nos précieux colis à l’INPE.

Notre contact, Mohamed Ali, assurant des cours jusqu’à 17 heures, ne viendra que plus tard.

Les responsables de l’INPE (organisme officiel qui s’occupe d’enfants abandonnés et d’enfants handicapés) nous font visiter un peu leurs différents services : 2 « mamans nourricières » s’occupent de 10 à 15 bébés de la naissance à 2 ou 3 ans. Ici, les handicapés (profonds à très profonds) sont «répartis » dans les divers services.
Dans un autre bâtiment, il y a, toujours par groupe de 10 à 15, les plus grands avec 2 ou 3 handicapés profonds par groupe. Inutile de dire que la vue de tous ces «bouts de chou» est très émouvante et que les regards de ces handicapés qui voient qu’on s’intéresse à eux sont très forts. C’est pour nous un moment « intense ».
Après la fin de ses cours, Mohamed Ali nous rejoint.
Bien sûr, nous lui avons gardé les colis pour son association (les amis de l’INPE qui s’occupe de venir réconforter et essayer de faire évoluer les plus handicapés de l’INPE.

Fatna, la responsable, nous fait promettre de venir manger chez elle au retour et nous passons la soirée à Tunis dans un restaurant fort sympathique avec Mohamed Ali.
Il nous demande, en gage d’amitié, l’autorisation de prendre une bouchée dans chacune de nos assiettes (sans doute une réminiscence du temps où tout le monde mangeait dans un plat commun) et bien évidemment, nous nous empressons d’en faire autant.
Samedi, après quelques courses, nous partons sur Nabeul qui est devenue plus touristique que jamais. Ici, la mentalité est devenue plus internationale que tunisienne… «No comment !»

Dimanche, nous faisons quand même un tour à Hammamet puis Sousse qui sont devenues des cages à touristes et nous nous régalons de la superbe vue du haut du «ribat» de Sousse.

Superbe nuit au milieu des oliviers. Notre «descente » vers Tataouine se fait sans problème.

Il fait chaud, même très chaud, plus de 30°C tous les jours et les nuits sont plus ou moins fraîches suivant notre distance la côte.
Bien sûr nous visitons le superbe amphithéâtre romain d’El Jem et la collection extraordinaire de mosaïques du musée archéologique.
Bravo pour la fabuleuse mise en valeur depuis trente ans. Certes il y a toujours les villas romaines avec des mosaïques à même le sol exposées aux intempéries pour avoir un aperçu de la vie de l’aristocratie romaine, mais le musée présente les plus belles pièces en excellent état et dans un cadre parfait.

  

Puis nous partons en direction de Sfax et de Gabès au milieu des champs d’oliviers qui se raréfient de plus en plus.
Le paysage a beaucoup changé depuis Sousse et le sud se fait de plus en plus sentir : la steppe remplace vite les champs avec çà et là quelques oasis aux 3 étages : palmiers, fruitiers,potagers ou céréales…
Sur la route, les postes de vente de carburant de contrebande venant de Libye sont omniprésents…et même installés juste à côté de contrôles de police !

Mardi 31 visite de Gabes, pique-nique dans sa palmeraie et coucher dans les environs de Tataouine. Le soir la fraîcheur (très relative, 24 °C), nous rappelle que nous ne sommes pas en plein été… Demain nous ferons un tour sur une piste des environs avant de livrer nos derniers colis.
Pour atteindre Tataouine, la route (mauvaise piste par moment) traverse des montagnes aux paysages sublimes.

À Ksar Hadada visite du ksar (sorte de bastide dans lequel les habitants mettaient leurs récoltes à l’abri des rongeurs et des brigands) rénové. Le gardien nous offre le thé pour le simple plaisir de la rencontre.
Si nous «zappons » Chenini qui a tristement vendu son âme aux touristes, en revanche nous nous régalons dans les ruines de Douirat en cours de restauration.
C’est un ancien village troglodyte ayant perdu sa puissance avec la fin des caravanes qui traversaient le Sahara tout proche.
Une association de sauvegarde de la nature et du patrimoine fait ici du bon et très beau travail: restauration dans le respect de la nature avec créations d’espaces troglodytes dédiés au tourisme à petite échelle en respectant les traditions d’accueil et de mode de vie.

Tataouine, 16 heures, nous sommes au rendez-vous avec l’APAHT et nous leur remettons nos derniers colis. Visite du centre avec salles de maternelle, salles d’intégration des handicapés avec d’autres enfants, salles de travail spécialisées et adaptées aux handicapés plus ou moins lourds, mais aussi salle d’alphabétisation, etc. Demain, nous reviendrons, et les élèves seront là.
Nous profitons de leur internet pour envoyer nos infos pour le site et consulter les messages des amis. C’est avec grand plaisir que nous constatons qu’ils pensent à nous et de notre côté nous pensons bien à tous les amis et à tous les copains qui sont restés à prés de 2000 kilomètres de nous.

Nous partageons le repas du soir avec les responsables et la soirée est fort sympathique.

Effectivement le lendemain la visite guidée du centre avec les élèves est émouvante et pleine de soleil dans les yeux de ces enfants un peu «spéciaux», mais tellement «chouettes ».
Ici, dans le sud, le sens de la famille est plus développé que dans le nord de la Tunisie et il y a moins d’enfants abandonnés. L’APAHT fait même, en collaboration avec Handicap International, des campagnes de dépistage pour trouver les enfants handicapés dans certaines familles qui les «couvent » trop les empêchant ainsi de s’orienter vers les centres spécialisés.

L’inventaire des colis livrés la veille a déjà été fait et ce sont plus de 900 pièces diverses et variées (pantalons, pulls, jupes, chaussures, jouets, peluches, etc.) qui ont été répertoriées!!!
En extrapolant, vu les premières « livraisons » à Tunis nous avons dû amener environ 3000 pièces variées dans Orion !!!
Encore un grand MERCI à tous ceux qui ont collecté pour nous et aux copines qui nous ont aidés à trier pour acheminer les bons colis aux bons endroits.

Ici encore, les responsables font un travail fabuleux et cela fait très chaud au cœur de voir que partout, nous rencontrons des tas de gens qui se «bougent » pour faire avancer les choses et pour faire reculer un peu la misère ou le rejet de celui qui est «différent ».
Le temps n’étant pas plus élastique ici qu’ailleurs nous repartons ensuite vers Ksar Soltane, superbement tranquille et magnifiquement restauré.
Campement dans une petite palmeraie (très) loin de la civilisation…

Vendredi, nous prenons une superbe (mais très mauvaise) piste de montagne pour rejoindre Matmata ou nous retrouvons l’hôtel troglodyte où nous avons dormi il y a 30 ans… Aujourd’hui le temps est couvert nous avons « frais » il ne fait plus que 24°C, on verra bien demain !

 

Pendant la nuit de vendredi à samedi, un peu de pluie fine (rare ici) est tombée et a duré la matinée par intermittence. Pour ici c’est un bonheur,car il tombe 50 à 80 mm d’eau par an… Mais la température s’est rafraîchie et nous avons même dû remettre pantalons longs et chaussures fermées pour voir les dunes de Douz et de ses environs !!!
Bien sûr dimanche le soleil est revenu et la pluie d’hier nous a permis de voir le chott El jerid (sorte de grand lac salé et asséché recouvert d’une croûte de sel) avec de l’eau, ce qui n’est pas fréquent.

Visite de Tozeur,oasis aux 350.000 palmiers, malheureusement en partie asséchée par un golf en plein désert…

Lundi, visite de Nefta : La «perle du désert » est bien plus agréable à visiter que sa voisine Tozeur.
400.000 palmiers toujours avec 3 niveaux (palmiers, fruitiers puis cultures en bas), et surtout beaucoup moins gâtée par les touristes. On y respire la tranquillité.

Mardi, nous quittons la plaine en traversant un autre chott plus petit (100 kilomètres environ) avant de passer brutalement aux oasis de montagne.
Les paysages sont sublimes avec d’inattendues cascades gratifiées de grandes ici, mais plutôt petites en réalité et des canyons impressionnants. La route traverse des steppes grandioses où on s’attendrait à voir surgir un Mongol !!!

Si dans la journée il fait très bon (dans les 25°), les nuits sont en revanches assez fraîches (15°C environ), mais Orion est bien isolé et nous craignons le pire en rentrant…
Ce soir, en guise de bienvenue le propriétaire du champ où nous avons établi notre camp vient nous voir et nous fait envoyer 2 pains tout chauds…Nous retrouvons bien là le superbe accueil tunisien.
Au réveil (plutôt frisquet), un berger est tout émerveillé en se mettant au volant d’Orion (à sa demande bien sûr) et repart avec un pull de Pierre…

Mercredi visite des ruines romaines de Sbeitla (fin de l’empire). Elles passent pour être dans les plus belles de Tunisie, et méritaient bien le détour.
Puis nous faisons route en direction de Kairouan, au alentour de laquelle nous passons la nuit.
Nous sommes bien descendus et la température remonte sensiblement.

Jeudi : la journée est consacrée à la visite des principaux monuments de Kairouan et des souks.
Pierre ayant passé ici plusieurs mois il y a 35 ans retrouve avec plaisir certains endroits qu’il connaissait bien.
C’est avec joie que nous retrouvons Kairouan un peu moins pourrie par le tourisme de masse qu’il y a 30 ans en offrant un visage beaucoup plus vrai. Bref, Kairouan a su retrouver son âme tunisienne d’antan.

Vendredi, nous partons en direction de Nabeul où nous faisons les dernières emplettes…

Samedi, nous sommes attendus à l’INPE de Tunis pour passer un moment avec les enfants abandonnés et handicapés et le soir pour rencontrer un peu mieux Dali et les «amis de l’INPE ».
Fatna, la présidente, passe sa vie à s’occuper de ces enfants au grand dam (bienveillant) de son mari Zuber. Lui se plaint que comme dans toutes les associations il n’y ait que 10 pour cent d’actifs et 90 pour cent de critiqueurs… Encore des moments intenses en vue !!!
En fait samedi Dali n’a pas pu être au rendez-vous et nous n’avons pu qu’observer des bénévoles s’occupant des enfants de l’INPE…
Par contre, nous avons passé une excellente soirée avec Fatna son mari et leurs filles, et aussi un de leurs amis médecin. Nous avons longuement évoqué la grande famille des bénévoles en constatant que nous avons tous le même brin de folie qui nous fait avancer !!!

Dimanche, le bateau part avec presque 2 heures de retard et arrive lundi avec… plus de 5 heures de retard, car le temps étant très mauvais sur la méditerranée le commandant nous a fait prendre le chemin des écoliers en contournant la Sardaigne puis la Corse et en allant longer la côte varoise…

Après 6 heures de route nous arrivons à la maison : Orion, notre constellation fétiche, brille dans le ciel pour nous accueillir avec… Orion…
Olivier nous attend avec le repas tout prêt.
C’est bien sympa et nous commençons à repenser aux moments forts de nos nombreuses rencontres et à notre prochain voyage…
En mai, les roues d’Orion vont tourner vers le Maroc, puis la Mauritanie et enfin le Sud-Est du Sénégal et au retour, nous repasserons certainement par Ouadane en Mauritanie.

Déjà, des enfants dont des soeurs s’occupent dans un dispensaire de la banlieue de Tambacounda attendent les fauteuils roulants, produits d’hygiène, fournitures scolaires et vêtements divers que nous allons leur amener…

Written by Pierre Coiffait - 4 février 2018 - 768 Views

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